Prendre le soleil

-édito- Si le Soleil se lève tous les jours, il n’est pas toujours le même. Les façons de le considérer nous renseignent en retour sur nos manières d’habiter. Avant de devenir une étoile parmi d’autres (Descartes, 1644), il était le centre de l’Univers (Copernic, 1543), et jusqu’alors un astre en rotation infinie autour de la Terre (Ptolémée, 150). Il fut bien plus tôt le dieu de civilisations.

Au début du 20e siècle, dans la lignée des théories hygiénistes qui se développent depuis le Second Empire, il est donné au rayonnement solaire des vertus curatives. La construction des sanatoriums modernes en témoigne. La lumière naturelle et son expression par des recherches volumétriques et par une quête de transparence constituent alors deux figures majeures de l’architecture moderne. Le déploiement de l’électricité domestique et de la lumière synthétique à grande échelle détourne un temps le Soleil des préoccupations architecturales. Le choc pétrolier de 1973 et la prise de conscience d’une finitude des ressources pétrolières accélèrent les recherches sur cette source d’énergie prometteuse.

L’architecture devient donc solaire, comme pour signifier sous la forme d’un pléonasme son attachement au climat. Dans une plaquette du Ministère de l’Environnement et du Cadre de vie, intitulée « construire avec le Climat » et illustrée par Bernard Barto (BARTO + BARTO, architectes), on aperçoit dans trois dessins une silhouette humaine frêle décrocher le Soleil et le ramener chez lui. Le Soleil est une source de lumière et de chaleur disponible et renouvelable que l’habitation doit savoir capter. Malgré cet enthousiasme et les politiques de sensibilisation de la fin des années 1980, le Soleil n’est plus au cœur de la conception des logements. En 2007, le rapport du GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’évolution du Climat) établit un rapport entre le réchauffement planétaire et l’effet de serre catalysé par l’activité humaine. Le soleil apparaît à la fois comme malfaisant et bienfaisant, une menace et un espoir.

Quel est le Soleil qui se lèvera demain ? Après la nuit, Plan Libre poursuit son exploration des agents non tangibles qui forment l’architecture, et rassemble quelques histoires du Soleil, esthétiques, politiques, techniques et culturelles ★

Sébastien Martinez-Barat

 

Architectures solaires par Thomas Bellanger • Deux maisons solaires sans histoire par Paul Bouet • Héliopolis : nature sauvage versus « modernes buildings [et] sombres usines » par Sylvain Villaret • Sunset drama par Guillaume Aubry