Détail de l’une des photographies prises en avril 1972 documentant la deuxième démolition d’un bâtiment de Pruitt-Igoe, largement diffusée à la télévision, qui a suivi celle du 16 mars. Construites en 1955, les tours d’habitation Pruitt-Igoe, à Saint-Louis (États-Unis), connaissaient un taux de vacance d’environ 30 à 40%. Elles furent démolies en 1972, après seulement dix-sept ans d’existence.
Per forza di levare est un projet d’Enzo Mari réalisé en 1994 pour la KPM, manufacture royale de porcelaine de Berlin. Attribuée à Michel-Ange, cette formule désigne une technique de sculpture singulière à laquelle l’artiste florentin voua sa vie entière et consistant à soustraire progressivement de la forme la substance superflue, à dégager plutôt qu’à déposer une marque nouvelle.
Construites en 1955, les tours d’habitation Pruitt-Igoe, à Saint-Louis (États-Unis), connaissaient un taux de vacance d’environ 30 à 40 %. Elles furent démolies en 1972, après seulement dix-sept ans d’existence.
Dans le cadre d’un projet intitulé Erasing Detroit mené en 1993, l’architecte Dan Homan, pionnier dans l’observation de la démolition de bâtiments, a cartographié toutes les zones de logements rasés dans la ville, soulignant que « la démolition [avait] dépassé la construction en tant qu’activité architecturale majeure de la ville ».

SOUSTRACTION

xénotopies (co-fondé par mlav.land et Nagy Makhlouf) est une plateforme en ligne qui explore nos manières d’habiter dans un monde accidenté et instable. Ce projet éditorial propose une traduction d’extraits de Substraction de Keller Easterling, paru en 2014. L’architecte et écrivaine américaine y synthétise ses recherches sur la soustraction, opération qu’elle inscrit dans les pratiques architecturales de réorganisation de la production de l’espace (★★★)

AVANT-PROPOS À LA TRADUCTION FRANÇAISE Subtraction, 1997-2014 

Subtraction est un livre de l’architecte et écrivaine Keller Easterling, paru en 2014 chez Sternberg Press dans la collection Critical Spatial Practice. Dans un glossaire rédigé pour la Documenta X en 1997, Easterling définit la soustraction comme un « dispositif positif de production d’espace » à distinguer de la simple démolition. Elle développe cette notion dans son premier ouvrage, Organization Space: Landscapes, Highways, and Houses in America (MIT Press, 1999), où elle analyse trois grands dispositifs ayant façonné le territoire américain du 20e  siècle : le sentier des Appalaches, le réseau autoroutier et la banlieue pavillonnaire. À travers l’exemple du premier, Easterling met en lumière l’intention de son concepteur – le forestier et urbaniste Benton McKaye – qui a imaginé ce projet comme une forme de soustraction aux schémas dominants de développement immobilier, en particulier aux structures industrielles telles que les chemins de fer. De cette approche, naît ce qu’elle qualifie de « réseau muet », un espace produit par le retrait plutôt que par l’ajout.

Easterling a poursuivi sa réflexion sur la notion de soustraction à travers plusieurs publications avant d’en proposer une synthèse dans l’ouvrage éponyme. Selon elle, la soustraction s’inscrit dans un répertoire de pratiques architecturales visant à réorganiser les relations entre les différents éléments d’un dispositif de production de l’espace. Elle regroupe ces pratiques sous le concept de « formes actives » (active forms), qui désignent des règles, protocoles ou récits capables d’agir sur la configuration spatiale. Plus largement, Easterling analyse les dispositifs de la mondialisation néolibérale et leur rôle comme moyens de gouvernement.

Soustraire aujourd’hui

Quelle est l’actualité de ce livre, au-delà de la nécessité, sur le temps long, de repenser la production de l’espace à l’ère du capitalocène ? Aux États-Unis comme en France, cette production demeure largement structurée par des logiques de démolition-reconstruction, souvent irresponsables sur les plans environnementaux et sociaux. En France, par exemple, l’ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine) en a fait une politique dans les quartiers de grands ensembles de logements sociaux construits après la Seconde Guerre mondiale. Parallèlement, l’État a progressivement délaissé ces territoires au profit de la subvention individuelle du crédit immobilier, soutenant ainsi la diffusion du modèle pavillonnaire américain en France.

La traduction française de Subtraction s’inscrit pleinement dans cette actualité et dans ces résonances transatlantiques. Certains passages du livre examinent les cadres économiques qui encouragent ou dissuadent les pratiques de démolition, de démantèlement ou de désassemblage. L’analyse du contexte réglementaire et économique américain, rigoureusement documentée dans Subtraction, peut ainsi servir de référence méthodologique pour repenser nos propres cadres institutionnels. Par ailleurs, Easterling évoque la violence architecturale inhérente à certains actes de soustraction, dont l’exemple le plus actuel est la politique de l’État d’Israël dans les territoires palestiniens occupés – des actes qui, depuis 2023, relèvent d’un anéantissement total.

Il faut toutefois reconnaître qu’un certain déplacement s’est opéré depuis la parution du livre en 2014. À l’époque, Easterling constatait que « l’économie de la soustraction existe déjà, mais qu’elle est encore perçue comme si elle n’existait pas – comme quelque chose de négatif, d’insaisissable, ou à éviter ». Aujourd’hui, on peut se réjouir de voir émerger, notamment en France, les premiers contours d’une véritable économie du réemploi : des bureaux d’études, des plateformes de collecte et de redistribution de matériaux, ou encore des structures de maîtrise d’œuvre qui intègrent désormais le réemploi comme un principe actif de projet. Loin de contredire la lecture d’Easterling, cette évolution récente la prolonge : elle montre que la soustraction peut effectivement devenir une pratique productive dans la manière de concevoir, de déconstruire et de reconstruire l’espace.

Nous proposons ici la traduction de l’introduction de Subtraction, condensé thématique de l’ouvrage, ainsi que la traduction d’un chapitre spécifiquement dédié à la question de la vacance et de sa valeur potentielle.

SOUSTRACTION (extraits choisis) Considérer le retrait du bâti

Quels que soient les plaisirs et les prodigieux efforts associés à l’édification de l’architecture, l’art de causer sa disparition peut être tout aussi fascinant ou satisfaisant.

La soustraction de bâtiments est aussi importante que leur fabrication, et la plupart des bâtiments suscitent une sorte de soustraction. Les promoteur·ices, financier·es, urbanistes et politicien·nes érigent en même temps qu’iels font exploser des bâtiments et des paysages. Les industries financières enveloppent des structures d’apparence statique et durable – petites maisons, immenses stades, casinos de quatre mille pièces – dans une bulle de valeur volatile, qui gonfle et dégonfle. La promotion immobilière encourage les déplacements vers ou hors des villes, ce qui entraîne leur croissance rapide ou leur déclin précipité. Lorsqu’il s’agit de remplacer des constructions existantes par une présence souvent toxique, et de détruire leur milieu, bâtir signifie démolir.

Dans le sillage des crises, catastrophes, et déplacements forcés, le bâti rayonne de négativité. Une part importante des lourdes machines de construction sert aujourd’hui à la déconstruction. La ruine et la détérioration ont leur propre pornographie. La démolition a ses propres shows télévisés.

Le désassemblage et la démolition sont désormais des formes d’art en vogue. Les techniques les plus récentes de retrait du bâti donnent même l’impression que les gratte-ciel sont réabsorbés par le sol. Il est facile d’imaginer un accéléré dans lequel de larges étendues de bâtiments et de paysages sont simultanément semées et récoltées, simultanément construites et déconstruites – une économie où la soustraction est l’envers de la construction.

Alors qu’il existe déjà une économie de la soustraction, elle est encore perçue comme si elle n’existait pas, comme quelque chose de négatif et donc d’insaisissable, ou à éviter. Même lorsqu’elle est planifiée, la soustraction est souvent considérée comme l’élimination d’une conséquence accidentelle ou non intentionnelle – un échec des utopies, déjà fragiles, de l’urbanisme. Soustraire, c’est effacer plutôt qu’échanger ; c’est dissimuler une erreur plutôt que d’organiser une écologie. En général, la soustraction est synonyme de perte, tandis que l’accumulation est synonyme de gain. Et lorsque bâtir est le seul acte pensé, autorisé et approuvé, il n’y a généralement pas de méthode pour gérer correctement les retraits associés au projet, qu’ils soient raisonnables ou non.

Les architectes et urbanistes sont des connaisseur·ses de la forme spatiale, tant qu’elle est représentée par une silhouette, un contour, et une géométrie ; et la conception de formes d’objets résulte, habituellement, dans l’ajout de bâtiments. Une économie de la soustraction qui enlève du bâti doit aussi déployer des formes actives. La soustraction n’est pas simplement de l’absence, mais un moment dans une série d’échanges, d’agressions et d’usures, qui font partie de la plupart des organisations actives. Les formes actives sont des multiplicateurs, des interrupteurs, des commandes à distance, des régulateurs – des protocoles à la mise en œuvre progressive, qui génèrent ou déterminent ces échanges au sein d’un flux d’objets et d’espaces. Ces formes sont capables d’orchestrer les flux et reflux des bâtiments : leur apparition et leur disparition.

Une économie de la soustraction pourrait même modifier l’habitude culturelle persistante de voir le bâti comme un ensemble d’instruments financiers aussi liquides que de la monnaie. L’industrie financière dispose de plans sophistiqués pour manipuler les valeurs virtuelles associées aux bâtiments, malgré le fait que ces derniers sont souvent trop durables pour servir de monnaie. Cependant, un portefeuille d’investissement alternatif, basé sur la soustraction, matérialise les risques et les récompenses avec des variables spatiales tangibles qui peuvent être échangées et placées dans un marché parallèle. Ces négociations, conçues comme des leviers spatiaux, peuvent stabiliser, rivaliser, ou même déborder les marchés financiers pour étendre, contracter ou effacer la promotion immobilière.

La soustraction du bâti, en tant qu’industrie majeure et protocole de conception, est une entreprise mondiale, émergente et lucrative ; une source d’emploi, un instrument politique. Un protocole de soustraction pourrait être approprié dans de nombreuses régions du monde où la sur-urbanisation a attiré des marchés hypertrophiés ou défaillants, où la promotion immobilière ferait mieux de se retirer de terres épuisées, de plaines inondables, de réserves naturelles comme les forêts tropicales, qui sont appréciées pour des qualités dégradées par l’urbanisation. Un tel protocole pourrait aussi offrir des moyens d’acquisition moins violents, et davantage de garde-fous contre la privation de droits dans les quartiers marginalisés.

La soustraction offre un nouveau territoire pour la conception, avec ses propres plaisirs esthétiques et un répertoire formel élargi. Avant les années 1960, il n’existait pas de programmes de conservation. Bientôt, la formation1 à la construction et à la préservation pourrait s’étendre à la gestion de la soustraction ou de la contraction du bâti – une pratique dont on peut même dire qu’elle a une tradition importante, quoique non reconnue, dans les disciplines de l’architecture et de l’urbanisme. Les architectes – formé·es pour faire avancer la machine à construire – savent peutêtre comment la faire reculer.

La vacance a de la valeur

Lorsqu’un logiciel spatial de formes actives organise la vacance comme un atout, il peut reformuler des relations urbaines contrôlées jusque-là par des réseaux financiers. La maison pavillonnaire en défaillance hypothécaire est censée poser un problème insoluble à cause de sa dette municipale, de la moisissure dans la piscine, et de son refus de se comporter comme de l’argent. Pourtant, elle a également des pouvoirs remarquables pour créer de nouveaux marchés qui contournent le marché financier et fonctionnent selon des règles entièrement différentes. Administré par des villes ou des collectifs fonciers et organisé avec des formes actives, ce marché parallèle propose un portefeuille alternatif de variables spatiales tangibles où la vacance, voire l’abandon, acquiert une valeur négociable.

Un pendant résolument spatial aux mécanismes abstraits de swaps de défaut de crédit et des regroupements hypothécaires est la banque foncière, apparue dans le sillage de la crise financière de 2008 – un double inversé de la banque financière. Les maisons saisies créent de multiples dilemmes pour les banques lorsqu’elles passent soudainement d’une source de revenus à un objet durable, et lorsque les propriétaires abandonnent le jeu. Si les banques abandonnent aussi les propriétés, les villes comme les banques sont perdantes, mais un organe capable de gérer l’échec et de reconnaître une donation de propriété rassemble ces deux partenaires méfiants à la table. Si les banques financent la démolition, la banque foncière assume la responsabilité du terrain. La démolition de propriétés peut stabiliser celles qui demeurent tout en réduisant les coûts fiscaux et d’entretien.

Selon son emplacement et sa taille, la banque foncière dispose de plusieurs options pour gérer ces propriétés. Elle peut démolir les structures existantes et conserver le terrain pour de futurs investissements, entretenir le bâti et générer des revenus locatifs, reconditionner les propriétés pour les donner à des collectifs comme Habitat for Humanity, construire de nouveaux bâtiments sur le terrain, ou regrouper des parcelles en de nouveaux lots constructibles2. La banque foncière peut aussi servir de plateforme d’échange pour les entrepreneur·ses en démolition et en rénovation, et pour les propriétés qu’elle achète et améliore, parfois à l’aide de subventions diverses.

Bien que les banques foncières existent depuis les années 1970, l’Ohio a adopté en 2009, une loi d’État permettant aux banques foncières de mieux gérer la récente vague de saisies3. Les villes étaient en colère contre les banques, et celles-ci se retrouvaient avec des propriétés sans valeur, du fait de leurs coûts d’entretien et leurs taxes. La Cuyahoga County Land Reutilization Corporation de l’Ohio a été la première à recevoir des pouvoirs spéciaux pour simplifier les transactions, et l’administration Obama l’a adoptée comme un instrument municipal important pour gérer la crise des saisies4. Plusieurs États fédérés ont adopté des lois similaires, et des institutions financières ont fait don de milliers de propriétés à des banques foncières. La Cuyahoga County Land Bank a réalisé sept cents démolitions en 2011 et conservé les terrains dans son portefeuille5. L’Ohio, le Maryland, le Michigan, le Texas, la Géorgie, l’Indiana, la Californie, le Kentucky et la Louisiane ont aussi fondé des banques foncières.

Des villes sont également en train de développer d’autres moyens de tirer parti de la vacance. Certaines ont mis en place des programmes de side-yards qui vendent à bas prix des terrains vacants aux propriétaires des maisons voisines. Les services municipaux, en fournissant des matériaux et des conseils pour aménager le terrain en un espace extérieur, valorisent la conception associée à un lot bien entretenu ou cultivé. Ces programmes permettent aux propriétaires de doubler la surface de leur bien pour peu d’argent tout en générant une source de revenus fiscaux pour la ville. Ces projets ont la capacité fascinante de contourner les institutions financières mondiales au profit de ce marché local, basé sur des valeurs concrètes et collectives.

Avec l’accumulation d’un grand nombre de propriétés défaillantes ou de parcelles vides, la vacance devient de plus en plus un sujet de recherche économique et d’entrepreneuriat à part entière, et une source de nouvelles formes de cartographie et de visualisation. Ces études mettent souvent en avant l’interaction entre, par exemple, l’inactivité et les recettes fiscales, la démolition et la réutilisation ou le recyclage, et la valeur que les terrains libérés confèrent aux propriétés adjacentes. Des études menées à Flint dans le Michigan et dans le quartier de New Kensington à Philadelphie, indiquent que les améliorations apportées aux terrains dégagés adjacents peuvent ajouter jusqu’à 30% de valeur6. À Détroit, une nouvelle start-up appelée Why Don’t We Own This (WDWOT) suit les quelques 79  000 propriétés vacantes de la ville – transformant presque la carte Erasing Detroit de Hoffman en un champ de saisies. La carte interactive de WDWOT maintient un inventaire des propriétés et espère inspirer une attitude propriétaire et ingénieuse envers le potentiel brut des terrains vacants de la ville7

  1. Le premier programme de conservation du bâti a été créé à l’Université Columbia en 1964. ↩︎
  2. U.S. Department of Housing and Urban Development. s.d. “Acquisition and Disposition Matrix by Property Type” [document retiré]. www.hud.gov/offices/cpd/about/conplan/ foreclosure/pdf/sandiegolbmatrix.pdf ↩︎
  3. En 2002, la ville de Flint, dans le Michigan, a créé le Genesee County Land Bank, et son promoteur, Dan Kildee, a été sollicité lors de la première campagne d’Obama pour élaborer une stratégie de banque foncière destinée à une cinquantaine de villes américaines en déclin. Leonard, Tom. 2009. “US Cities May Have to Be Bulldozed in Order to Survive.” The Telegraph [en ligne]. Disponible à l’adresse : www. telegraph.co.uk/finance/financialcrisis/5516536/US-citiesmay-have-to-be-bulldozed-in-order-to-survive.html (consulté le 11 novembre 2025). ↩︎
  4.  Grandos, Gus. s.d. “The Land Bank and Firsts,” Cuyahoga Land Bank [document retiré]. www.cuyahogalandbank.org/ gus_frango.php. ↩︎
  5. Dennis, Brady. 2011. “Banks Turn to Demolition of Foreclosed Properties to Ease Housing-Market Pressures.” The Washington Post [en ligne]. Disponible à l’adresse : www. washingtonpost.com/business/economy/banks-turn-to-demolition-of-foreclosed-properties-to-ease-housing-marketpressures/2011/10/06/gIQAWigIgL_story.html (consulté le 11 novembre 2025). ↩︎
  6. Green, Jeff, et Prashant, Gopal. 2013. “Detroit Survival Depends on Destruction of Housing.” Beacon Journal [en ligne]. Disponible à l’adresse : www.beaconjournal.com/story/ business/2013/05/31/detroit-survival-depends-on-destruction/10669018007/ (consulté le 11 novembre 2025). Wachter, Susan. 2005. “The Determinants of Neighborhood Transformations in Philadelphia: Identification and Analysis—The New Kensington Pilot Study.” Wharton School, University of Pennsylvania. Mallach, Alan. 2012. Laying the Groundwork for Change: Demolition, Urban Strategy, and Policy Reform. Brookings Metropolitan Policy Program. ↩︎
  7. WDWOT? s.d. “Detroit.” [document retiré]. whydontwe ownthis.com/#13/42.3872/-83.1001. ↩︎
Détail de l’une des photographies prises en avril 1972 documentant la deuxième démolition d’un bâtiment de Pruitt-Igoe, largement diffusée à la télévision, qui a suivi celle du 16 mars. Construites en 1955, les tours d’habitation Pruitt-Igoe, à Saint-Louis (États-Unis), connaissaient un taux de vacance d’environ 30 à 40%. Elles furent démolies en 1972, après seulement dix-sept ans d’existence.
Per forza di levare est un projet d’Enzo Mari réalisé en 1994 pour la KPM, manufacture royale de porcelaine de Berlin. Attribuée à Michel-Ange, cette formule désigne une technique de sculpture singulière à laquelle l’artiste florentin voua sa vie entière et consistant à soustraire progressivement de la forme la substance superflue, à dégager plutôt qu’à déposer une marque nouvelle.
Construites en 1955, les tours d’habitation Pruitt-Igoe, à Saint-Louis (États-Unis), connaissaient un taux de vacance d’environ 30 à 40 %. Elles furent démolies en 1972, après seulement dix-sept ans d’existence.
Dans le cadre d’un projet intitulé Erasing Detroit mené en 1993, l’architecte Dan Homan, pionnier dans l’observation de la démolition de bâtiments, a cartographié toutes les zones de logements rasés dans la ville, soulignant que « la démolition [avait] dépassé la construction en tant qu’activité architecturale majeure de la ville ».
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